Sport et vie spirituelle


Est-ce que la concentration d’un athlète peut l’aider spirituellement ?

Sri Chinmoy : Bien que la concentration de l’athlète se situe sur le plan physique et sur le plan vital, et non pas sur le plan psychique, elle apporte cependant un soutien. Elle est un pouvoir, comme le pouvoir de l’argent, qui peut être utilisé pour n’importe quoi. Mais si l’on veut acheter quelque chose sur le plan subtil, le pouvoir de l’argent ne pourra l’acquérir. Pour les choses subtiles, il faut une différente forme de concentration. Il y a une grande différence entre la concentration psychique et la concentration physique ou vitale. La concentration psychique est vraiment difficile, bien plus difficile que la concentration physique ou vitale. C’est comme son grand frère. Mais le petit frère peut tout de même aider le grand frère. Le pouvoir de concentration que l’on apprend en athlétisme apporte certainement quelque chose à la concentration psychique. Et lorsque quelqu’un a une bonne force de concentration, à la fois sur le plan psychique et sur les plans physique, vital et mental, alors cette personne peut facilement devenir un grand champion dans le monde de l’athlétisme autant que dans le monde spirituel.

Diriez-vous qu’aujourd’hui les gens se mettent à courir pour apporter quelque chose de plus à leur vie spirituelle ?

Sri Chinmoy : Vous utilisez le terme « spiritualité ». Mais dans ce cas, utilisons le terme « bonheur ». Beaucoup de gens ont découvert que la course était un moyen très efficace pour trouver le bonheur. La course ne requiert pas que la bonne forme du corps mais également la bonne forme du vital, du mental, et du cœur. Il arrive que le corps soit en bonne forme, mais que le mental ne soit pas prêt. Parfois, le mental vent courir, mais c’est le corps qui ne veut pas coopérer. Lorsqu’il s’agit de courir, tous les « membres de la famille » — le corps, le vital, le mental et le cœur — doivent coopérer. A travers la course, l’âme veut offrir un festin à tous ses enfants. Sa joie ne sera pas complète tant que tous les membres — le corps, le vital le mental et le cœur — ne participent pas tous. Ce que la course fait, c’est garder le corps, le vital le mental et le cœur en forme afin que l’âme puisse être pleinement heureuse.

La course à pied peut-elle aider à se débarrasser de la frustration et de la colère ?

Sri Chinmoy : La course à pied est un excellent moyen de se débarrasser de la frustration et de la colère. Lorsque vous êtes vraiment en colère contre quelqu’un, allez courir. Au bout d’un mile ou quelque, vous verrez que votre colère aura disparu, soit parce que vous êtes complètement épuisé soit parce que la satisfaction que vous tirez de votre exercice physique a remplacé votre colère.

En Inde, l’un de mes tuteurs disait que lorsqu’on était en colère, il fallait courir sur place. Au lieu de nous dire de prier Dieu afin qu’Il nous débarrasse de notre colère, il disait à ses étudiants d’aller courir. Il disait toujours que nous n’avions pas besoin de couvrir de grandes distances — il suffisait de courir sur place. En une minute ou deux, toute notre colère devait disparaître. Ils savait que la course pouvait être une méthode efficace pour se débarrasser de nos émotions négatives.

Comment peut-on canaliser l’énergie physique dans l’énergie spirituelle ?

Sri Chinmoy : Nous devons savoir que l’énergie physique n’a qu’une seule source, et cette source est l’énergie spirituelle. Tant que l’on reste dans la conscience du corps, on ne peut pas s’en rendre compte. Mais lorsque l’on plonge profondément en soi, l’on voit que l’énergie spirituelle est la source de l’énergie physique, vitale et mentale. Lorsque l’énergie spirituelle entre dans le physique, elle devient polluée dans une certaine mesure. Elle n’est pas capable de maintenir sa pureté impeccable. Ce dont nous avons besoin, c’est de pureté sur le plan intérieur et de consécration sur le plan extérieur. La pureté intérieure, nous pouvons l’obtenir par l’aspiration, et la consécration extérieure vient par une purification intérieure et une prise de conscience intérieure progressives. Lorsque nous avons à la fois la pureté intérieure et la consécration extérieure, l’énergie spirituelle entre dans l’énergie physique et l’énergie physique devient à ce moment une force qui s’ajoute à l’énergie spirituelle.

Comment peut-on profiter spirituellement de l’entraînement au marathon et du marathon lui-même ?


Sri Chinmoy : Le marathon est un long voyage. Bien sûr, il y a aussi l’ultra-marathon, mais le marathon est unique en son genre et il le restera parmi les courses de longue distance. De même que le marathon est un long voyage sur le plan extérieur, la spiritualité est également un long voyage, plus long, des plus longs, sur le plan intérieur. Votre propre course spirituelle est sans naissance ni mort : elle est sans fin.

Lorsque vous courez un marathon, vous essayez d’accomplir quelque chose d’extrêmement difficile et ardu sur le plan physique. Ce faisant, vous trouvez de la joie parce que cela vous rappelle ce que vous essayez d’accomplir sur le plan intérieur. De même que vous êtes déterminé à courir jusqu’au bout le voyage le plus long sur le plan extérieur, le marathon, de même êtes-vous déterminé à atteindre le But de votre voyage intérieur. Chacun des voyages vous rappelle toujours l’autre. Le voyage extérieur vous rappelle votre voyage intérieur vers la réalisation de Dieu, et le voyage intérieur vous rappelle votre voyage extérieur vers la manifestation de Dieu.



La course intérieure aide-t-elle la course extérieure ?

Sri Chinmoy : Certainement, notre course intérieure nous aide dans notre course extérieure. Par la prière et la méditation, nous pouvons développer un pouvoir de volonté intense, et ce pouvoir de volonté peut parfaitement bien nous aider dans notre course extérieure. La méditation est immobilité, calme, tranquillité, tandis que la conscience de la course est toute dynamique. Mais par ailleurs, au cœur même de la vitesse extérieure du coureur, il y a une forme particulière de sérénité ou de tranquillité. La sérénité est un pouvoir invisible, et ce pouvoir invisible est toujours prêt à venir en aide au coureur extérieur.

Est-ce qu’un athlète qui possède une certaine pureté spirituelle a plus de capacité qu’un athlète qui ne s’intéresse pas à la vie spirituelle ?

Sri Chinmoy : Prenons deux athlètes du même niveau sur le plan physique. Si vous êtes pur et que l’autre est impur, que va-t-il se passer ? Si vous avez vraiment le même niveau, vous pourrez certainement battre l’athlète impur. Dès que vous toucherez le poids, vous serez capable de contrôler vos pensées vitales, vos pensées mentales et vos pensées physiques. Mais lorsque l’autre attrapera le poids, il regardera autour de lui pour voir si on le regarde. Dès qu’il pensera au public, une partie de sa force s’en ira. Dès qu’il s’identifie avec le public, ce qu’il reçoit, c’est tous leurs soucis, leurs angoisses et leurs tensions. Lorsque vous lancez le poids, dès que vous tenez le poids dans votre main, pensez qu’il n’y a plus que vous et Dieu. Ne permettez pas à votre vital de venir en avant. N’ouvrez pas la porte du physique. N’ouvrez pas non plus la porte du mental. La pureté est votre garde du corps. Elle ne permet à aucune mauvaise force d’entrer en vous. Vous n’avez aucune idée de qui est bon, ce qui est mauvais, ni qui est votre ennemi. Votre garde, la pureté, est très strict. Il ne permettra à rien de mauvais d’entrer dans votre mental. Ainsi, lorsque deux athlètes ont la même capacité, celui qui est pur a toutes les chances de gagner, parce qu’au moment de la compétition, il ne permettra à aucune force extérieure de l’attaquer.

Est-ce que la vie spirituelle modifie vraiment la forme physique ?

Sri Chinmoy : Oui, la vie spirituelle change la forme physique si, en pratiquant la vie spirituelle, on prend soin du physique. Il y a beaucoup de Maîtres spirituels qui pratiquent la spiritualité et qui prennent également soin du physique. Je fais partie de ces Maîtres. Même lorsque j’étais en Inde, je m’entraînais régulièrement parallèlement à la méditation. Mais il y a aussi beaucoup de Maîtres qui ne s’occupent pas du physique.

La vie spirituelle a la capacité de changer le physique, mais si l’on n’utilise pas consciemment la vie spirituelle pour aider le corps, le corps ne sera réceptif que dans une certaine mesure. Cela dépend du chercheur ; soit il souhaite que sa vie spirituelle entre dans sa conscience physique, soit il préfère avoir deux existences séparées. Mon sentiment est que les deux devraient aller ensemble. Mais encore une fois, il est inutile qu’un corps devienne fort si l’on n’aspire pas. Le corps et l’âme doivent aller de pair dans le voyage spirituel.