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Musique et Religion

textes de Sri Chinmoy

La musique et la religion sont comme les deux faces d’une même pièce-réalité. La musique au sens le plus pur est religion et la religion au sens le plus pur est musique. Cette religion-musique, ce code de vie, ce langage universel de l’âme ne peut qu’être offert. Elle ne peut ni être achetée ni être vendue. La musique et la religion sont pour les chercheurs, pour les amoureux de musique, pour les serviteurs de la vérité. La puissance de l’argent, la réputation ne peuvent imposer leur pouvoir sur ces deux réalités immortelles, ces deux trésors terrestre et céleste.

La source de la véritable musique et la source de la véritable religion resteront toujours la même, et cette source est une imploration, une imploration sans commencement ni fin, une faim éternelle. C’est une faim, non pour sa propre satisfaction, mais pour la satisfaction de Dieu à Sa propre manière. Lorsque la musique et la religion proviennent de la même source, alors seulement le message et la beauté de la musique et le message et la beauté de la religion peuvent être divinement illuminant et comblant.

L’Empereur moghul Akbar avait à son service le grand musicien Tansen. Un jour, alors qu’Akbar chantait les louanges de Tansen, celui-ci lui dit : «je ne suis pas un grand musicien.» Akbar lui répondit : «Tu n’es pas seulement un grand musicien, tu es le plus grand musicien.» Mais Tansen insista : «Non, mon Guru, mon maître, Haridas est de loin le meilleur musicien.» L’Empereur lui donna l’ordre de faire venir son maître au palais. Tansen répondit : «Non, il ne viendra pas. Il ne se soucie pas de sa réputation. Il ne joue que pour Dieu. La Compassion de Dieu est sa seule récompense.» Akbar dit alors : « J’irai donc le voir. Amène moi chez lui.» Tansen accepta, mais il prévint Akbar : «Vous ne pouvez aller chez lui en tant qu’empereur. Vous devez y aller déguisé en serviteur, comme mon esclave.» Akbar se rendit donc chez le maître de Tansen déguisé en serviteur, et Tansen supplia son maître de jouer pour Akbar. Malheureusement, Haridas n’avait pas envie de jouer. Alors une brillante idée jaillit dans l’esprit de Tansen. Il commença à jouer en faisant exprès de faire de nombreuses erreurs. Haridas n’en croyait pas ses yeux ni ses oreilles. Comment son meilleur élève pouvait-il faire de telles erreurs ? Surpris et choqué, il se mit à jouer pour corriger son élève. Ainsi l’Empereur put-il se rendre compte que le maître de Tansen était effectivement bien meilleur que Tansen. De retour au palais, Akbar demanda à Tansen : «Comment se fait-il que tu ne puisses pas jouer avec autant de ferveur que ton maître ?» Tansen répondit : «Je joue pour ma réputation. Je joue pour vous. Lui joue pour Dieu. C’est là la différence. Si je jouais pour Dieu, pour Dieu en vous, pour Dieu en chacun, alors ma musique serait suprêmement fervente et parfaite. Mais je joue pour le pouvoir de l’argent, pour la renommée et la réputation. Comment voulez-vous que je joue de la même manière que mon maître ?»